ORGIE – 2007

De Pier Paolo Pasolini
Avec François Frapier et Lison Renaudin
Texte français de Danièle Sallenave
Mise en scène de Raphaël Patout
Costumes de Angèle Mignot

Orgie est certainement la pièce la plus sensuelle de Pier Paolo Pasolini. Après s’être pendu, un homme nous invite à assister aux derniers évènements « significatifs » de sa vie. En six épisodes, il nous fait part de sa recherche du désir absolu… de « la chose ». Avec son épouse, ils avaient fait le choix de se retirer du monde, afin de renier le restrictif commerce langagier des hommes de leur temps. Pour eux, les règles sont simples : catalyser leur désir, vivre pleinement les souffrances de la frustration et devenir maître de leur soumission aux pulsions de la chair. C’est une pièce de l’intimité.
Dans cette quête des limites de « la chose », tout langage est un obstacle, un refuge qui rend impossible l’abîme de la nudité et la dislocation charnelle provoquée par le désir. Le Verbe ne sait se taire. Il régit. Il agît. Il soumet ce couple à leur humanité inextricable, à leur instinct de préservation, à l’immuable volonté de se constituer en tant qu’être.
Orgie est un combat. Il s’agit d’affronter le langage et de trouver son silence véritable, qui seul pourrait être garant de l’intégrité du Désir. Ce dernier est brutal, cruel, monstrueux, pervers et inlassablement fardé par le Verbe. Orgie est une course-poursuite. Le spectateur est invité à cette expérimentation carnassière, comme dans un road-movie.
Servi par une langue érudite, imprégné par Nietzsche et Sade, ce texte est, d’après moi, une clé de voûte dans le théâtre de Pier Paolo Pasolini. Dans la veine de Salo et les 120 jours de Sodome, fort de ses réflexions artistiques et politiques, Pier Paolo Pasolini nous invite ici à éprouver, à nous interroger sur les véritables fondements de nos fantasmes personnels et collectifs. En mettant en perspective la religion et la politique « de nos pères », il rend de nouveau possible la mise en doute de valeurs raisonnées, admises et revendiquées par les « droits-de-l’hommistes ».
Aussi, ce texte m’intéresse, car il repousse les limites de la question de l’être. Il ne s’agit pas simplement d’être en s’attachant à des valeurs raisonnées et reconnues comme « bonnes », encore faut-il avoir un souci esthétique de l’être. La question n’est pas : « Qui suis-je ? » mais : « Pourquoi persévérer dans mon être ? » Pour moi, à cette dernière question, peuvent y répondre principalement des considérations d’ordre esthétique, du domaine de l’art, c’est-à-dire des digressions et transgressions de Beauté. Cet homme et cette femme, retirés du monde, sont peut-être les figures d’une sainteté nouvelle, ne pouvant naître que dans l’obscénité d’une représentation tragique.

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