Exposition « Autoportrait: Corps et sensations » – Associations des centres sociaux du PRADO – 2010

Projet photographique réalisé avec des jeunes du PRADO des Foyers de Tassin-la-Demi-Lune et de Beaurepaire
Photographies de Jim Ouzi
Mise en scène de Raphaël Patout

L’autoportrait est une image de soi, produite par soi-même. Il invite à réfléchir l’image que l’on renvoie et à la manipuler. Il est problématique. Il a un caractère éminemment politique, car il consiste à réfléchir à ce que l’on veut incarner vis-à-vis des autres, à réfléchir à sa qualité esthétique, à se rendre responsable de ce que les autres percevront de nous.
Dans le cadre des centres sociaux du PRADO, il nous a paru important de proposer une démarche qui dépasse des enjeux uniquement pédagogiques et d’inviter des jeunes à investir une forme esthétique de manière poétique. Ainsi, nous avons choisi de les accompagner dans la réalisation de leur autoportrait.
A partir de jeux et d’improvisations théâtrales, chaque participant a donc été invité a mettre en scène une image photographique. La mise en jeu était d’autant plus intense que la matière principale pour mettre en œuvre celle-ci était le corps. Cependant, très rapidement, dès les premières séances, nous avons vu des épaules se redresser, des démarches prendre de l’assurance, des corps être investis.
Peu à peu, dans différents lieux des établissements du Prado, chacun a été amené à projeter une fiction personnelle. En se détachant peu à peu du réel, par une dérivation progressive vers l’imaginaire, chacun a construit une séquence courte de théâtre qui a ensuite été captée par un appareil photographique. L’objectif n’était pas une représentation, mais bien l’élaboration d’une image fixe. Il ne s’agissait pas des capter des traces d’un travail d’atelier, mais bien de fabriquer des images autonomes, de rechercher des qualités plastiques et narratives.
Pour réaliser ces images, il nous a semblé important d’offrir des conditions de prise de vue dites « sérieuse ». Nous avons donc travaillé comme dans un studio professionnel: flashs, projecteurs et réflecteurs.
Dans une sorte d’aller-retour entre la « scène » et l’appareil photographique, les stagiaires ont véritablement été maitres de leur image. Nous avons eu des échanges très intéressant avec les jeunes sur la qualité de ce qu’ils proposaient. Contrôlant sur l’écran de l’appareil numérique, ce qu’ils donnaient à voir, ils ont d’eux-mêmes amené des ajustements et des corrections: certains ont choisis de changer de lieu, de modifier leur séquence, de la préciser…
Chaque prise de vue a donné lieu à une soixantaine de poses, qui ont ensuite été triées, sélectionnées et assemblées, afin de construire une image unique. Face à la variété des propositions et des lieux, il était impossible de procéder de manière systématique. Chaque image est particulière, composée de dix ou de deux photos, suivant la proposition de chacun.
Dans la manière dont les séances se sont déroulées avec les dix stagiaires, il y a eu pour nous, quelque chose de très réjouissant. Chacun s’est véritablement emparé du dispositif proposé, chacun à sa manière; ce qui permet aujourd’hui d’être spectateur de dix images très différentes et singulières. Rassemblées, elles sont comme une documentation, dans laquelle transparaissent des états d’être : une esthétique.

 

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