LORENZACCIO – 2012

Avec Julie Tarnat, Charly Marty, Anaïs Mazan, Léopoldine Hummel, Pierre-François Doireau, Maxime Kerzanet, Mathieu Barché, Camille Roy et Valentine Basse
Mise en scène de Raphaël Patout
Assisté de Valentine Basse
Scénographie et costume de Benjamen Moreau
Assisté de Sigolène Petey

Lorenzaccio d’Alfred de Musset est une grande pièce, de part sa taille bien évidemment (le texte intégral est rarement monté), mais surtout de part sa composition. Ceci n’est plus à démontrer. Elle est un labyrinthe dans lequel les destins d’une multitude de figures se croisent et s’entrecroisent dans la Florence du 15ème siècle, livrée à la tyrannie sanglante du Duc Alexandre.
Au-delà du parcours particulier de Lorenzo de Médicis, c’est tout une société que l’auteur dépeint dans son poème. La ville de Florence n’est pas une toile de fond. Elle est le personnage principal du drame. Que ce soit Lorenzo, le républicain Philippe Strozzi, la marquise de Cibo, ou encore le peintre Tebaldeo, chaque personnage se débat entre une Florence illustre rêvée et la réalité de celle-ci. Chacun à sa manière est un symptôme de l’affaissement moral et du désespoir qui règnent dans les rues et les recoins de la cité. Lorenzaccio est à proprement parler, une fresque qui rend manifeste la paralysie d’une société qui ne croit plus en son destin, et mêle avec habileté tragédie collective et drame personnel.
L’idéalisme de Lorenzo est séduisant et l’on est touché d’emblée par son rêve de pureté et son désir inconsolable de justice. On a le sentiment de voir un être figé dans l’adolescence, découvrant avec naïveté la corruption et les rapports d’intérêts régnant parmi les hommes.
Cependant, c’est le Lorenzo adulte qui m’intéresse aujourd’hui. Tout au long de son parcours, il témoigne d’une lucidité aiguë sur lui-même et sur le monde, donnant lieu à des sentences sublimes. C’est cette lucidité qui me semble la plus troublante. Bien que son idéal républicain soit gorgé de vertu, justifie-t-il le crime et le meurtre d’Alexandre? Justifie-t-il le fait qu’il se soit roulé dans la débauche pour parvenir à ses fins, lui valant le surnom péjoratif de Lorenzaccio,? La fin justifie-t-elle les moyens?
Dans ses actions et dans sa langue, Lorenzo fait preuve d’un lyrisme désarmant pour notre époque. Tout relève chez lui d’un intérêt supérieur à son existence personnelle. Lorenzo est une sorte de kamikaze. C’est sa langue terroriste que je désire faire entendre. Par ses mots, il capte l’humanité dans ce qu’elle a de plus élevé, mais aussi dans ce qu’elle de plus désespérant. En permanence, il rend manifeste comment les idéaux collectifs sont faibles face aux intérêts particuliers. Sa misanthropie et sa folie ne sont pas le fruit de je ne sais quel dérèglement psychique ou physiologique, mais bien les conclusions d’une démarche consciente et raisonnée. Comme Lorenzo l’affirme lui-même, en tuant le duc et en s’adonnant au crime, il veut que le carnaval florentin cesse et que les hommes comparaissent devant le tribunal de sa volonté.
Pour finir, Acte 3 Scène 3, une phrase de Lorenzo résonne pour moi de manière très mystérieuse: « J’aurais pleuré avec la première femme que j’ai aimé si elle ne s’était mise à rire. » Lorenzo ne serait-il pas un Dante sans l’Amour, sans une Béatrice pour guider ses pas jusqu’au septième ciel à travers la Divine Comédie?

 

 

Coproduction : Festival des Nuits de Joux (Pontarlier) et La Chambre Noire – Théâtre (Lyon).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s