Critique de SGANARELLE ET LE LIBERTIN – Jean-Michel Potiron

Publié sur Facebook le 7 Août 2016 par Jean-Michel Potiron

Focus sur un festival et un spectacle…

Le principe du Festival des Nuits de Joux de Pontarlier (artistiquement dirigé par Guillaume Dujardin) est le même depuis plusieurs éditions : sous la houlette de metteurs en scène pris en leur sein (la plupart du temps : Guillaume Dujardin, Raphaël Patout, Damien Houssier, Charly Marty…), une quinzaine de comédiens-diennes se réunit à Pontarlier (à des températures parfois très froides l’été : entre 12° à 8° le soir) et pendant un-deux mois répète en quatrième vitesse toutes les créations du festival !

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Cette année, ils créent entre autres : « Woyzeck » de Georg Büchner mis en scène par Damien Houssier et Maxime Kerzanet ; « La Mouette » de Tchekhov mis en scène par Charly Marty…

Et « Sganarelle et le libertin » à travers des textes de Molière, de Sade et de quelques autres, mis en scène par Raphaël Patout.

Au gré de textes du 17e – 18e siècle (jusqu’à nos jours), Raphaël Patout nous convie à un véritable voyage en forme de fragments de discours amoureux.

Qu’est-ce qu’un couple ? Qu’est-ce qu’une relation amoureuse ?

Faut-il être libre comme le revendique sans vergogne Don Juan et comme le lui reproche son valet Sganarelle (tous deux magnifiquement interprétés par Damien Houssier et Maxime Kerzanet) ? Faut-il être fidèle comme Elvire ? Ou volage comme Célimène ? (elles aussi magnifiquement jouées par Charlotte Ligneau et Sofia Telliet) ?

Lorsque que la certitude s’établit au sein d’une relation, est-il inévitable que les liens amoureux se distendent comme le prétend Célimène ?

Ceux qui prônent le contraire et qui prêchent la fidélité, sont-ils des hypocrites, comme s’apprête à le devenir Don Juan ?

Ne vaut-il pas mieux reconnaître que nous sommes toujours indéniablement seuls et prêcher l’égoïsme, se détourner de toute moralité comme nous invite à le faire Sade ?

Ou bien faut-il devenir moraliste au point d’entrer dans les ordres comme le fait Elvire ?

Dans un dispositif d’une grande sobriété : des parois et des pas de portes représentés par de simples tasseaux de bois, une table et deux chaises au milieu (le lieu du débat), nous assistons à un théâtre d’idées (dans le sens noble du terme même), où nos idées préconçues ou majoritairement partagées sont foulées aux pieds. Les quatre protagonistes raisonnent, se disputent, se querellent, tentent de s’aimer…

Au moment où la plupart des programmateurs-trices de théâtre en France sont en congés, le Festival de Théâtre des Nuits de Joux de Pontarlier bat son plein. Cette concomitance est bien dommage car le travail (non commun) de ce festival mériterait d’être mieux connu et leurs spectacles plus largement vus.

Cette création 2016 de Raphaël Patout par exemple (dont la démarche est absolument inédite) mériterait de beaucoup tourner…

Jean-Michel Potiron