Critique de CITTA NUOVA – Jean-Pierre Thibaudat

Lien: https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/221017/en-avant-pour-la-citta-nuova

En avant pour la « Città Nuova »

Quoi de commun entre une boîte de sardines et l’arche de la défense ? Les deux questionnent l’espace et son occupation. Ce sont là quelques pistes abordées avec délice par l’acteur Damien Houssier dans « Città Nuova », texte écrit et mis en scène par Raphaël Patout. Où l’on reparle de Tocqueville.
 

Quand les spectateurs prennent place sur quelques rangées de chaises, l’homme, l’acteur donc (Damien Houssier), est adossé à un pilier et pique une fourchette dans une boîte de sardines. A sa gauche, son petit atelier : une planche disposée sur deux tréteaux et encombrée d’éléments disparates, tels des dossiers sur et sous la table, des livres, des images, des photocopies, des petites silhouettes humaines en plâtre ou papier comme les architectes et les scénographes en disposent sur des maquettes.

Le miroir aux sardines

Pendant que j’étais attelé à rédiger ce descriptif, les spectateurs ont eu le temps de s’asseoir. L’homme regarde placidement les membres de l’assistance tout en continuant à manger ses sardines à même la boîte.

Qui n’a pas été émerveillé par le spectacle d’une brigade de sardines à l’huile alignées tête-bêche (il faudrait trouver une expression plus adéquate car, en l’occurrence, les sardines ont la tête coupée) dans leur boîte, avec une occupation maximum de l’espace dans un minimum de place, ce qui doit laisser songeurs les décorateurs d’intérieur ? Au début de ce second paragraphe, l’homme a, toujours aussi placidement, fini de becqueter ses satanées sardines, il s’est épongé par trois fois le museau. Enfin, il parle : « J’aime les sardines… » commence-t-il, matérialisant les points de suspension par un léger temps mort.

Ce qui me donne le temps de vous le décrire : l’homme a le visage plutôt émacié, son crâne rasé laisse son âge indécidable, il porte une sorte de tablier-mini-kimono invraisemblable qui accentue l’étrangeté de sa silhouette (costume : Sigolène Petey). Après un court silence, l’acteur parle à nouveau, doucement mais clairement (on comprend que c’est un pro, il a suivi des cours au CNSAD, haute école de théâtre parisienne dont il est sorti vivant). Ce type me dit quelque chose (ah, oui, je le reconnais, il était l’un des acteurs de Naissance de Julien Guyomard ; beau spectacle). Il va se révéler très fort dans l’art de se parler à la fois comme à lui-même et en s’adressant aux spectateurs.

Le bon plaisir

Son couplet et ses digressions achevés sur les sardines, il en vient au cœur de la soirée à laquelle il nous a convié : « J’ai décidé de refaire le monde avec mon plaisir. C’est mon grand projet : refaire le monde avec mon plaisir [notez la répétition, genre enfoncez-vous ça profond dans le cervelet. C’est un acteur qui connaît les vertus de la pédagogie]. Et c’est de ça dont j’aimerais vous parler ce soir. »

On craint la pâtée très en vogue sur les scènes de théâtre par les temps qui courent : on s’avance à l’avant-scène en costume de tous les jours, on regarde le public droit dans les yeux (ce qui n’est pas donné à tout le monde) et, les bras le long du corps, on envoie la sauce. Sorry, on témoigne. Comme au tribunal ou au confessionnal. Tôt ou tard, le cœur du public, rincé à l’eau de Javel, se serre. C’est comme à la télé. Sauf que c’est là, à deux pas. Vivant, brut et brutal, en accès direct. Est-ce cela, le théâtre ? Non, nous dit l’acteur qui fait mine de ne pas jouer pour mieux nous déjouer. Et de préciser sans détour  qu’il n’est pas architecte. Ce qui ne l’empêche pas de rêver et même de dessiner les plans de la cité nouvelle dont il rêve, autrement dit la Città Nuova, c’est le titre du spectacle auquel on assiste.

Tour à tour, l’acteur qui n’est donc pas architecte mais qui fait des plans pas seulement sur la comète, va ouvrir des carnets, déployer des cartes, des dessins (en 2 et 3D, signés Géraldine Trubert), accrocher des images, manipuler des projecteurs, ouvrir des boîtes, ordonner des dispositifs et cela tout en parlant de choses et d’autres (il ne dédaigne pas la digression) tout en nous nourrissant de citations allant de Guy Debord à Bernard Maris, de Le Corbusier à Raoul Vaneigem.

Eloge de la dérive

Tenons-nous-en au seul Guy Debord dont l’acteur nous fait partager une excitante analyse. En voici les prémices : « Les déplacements dans l’espace urbain sont soumis à la même rationalité que celle qui ordonne le système capitaliste. La dérive est une lutte contre cette rationalisation. Son principe n’est pas la ligne droite, elle ne veut pas économiser le temps, elle refuse les destinations obligatoires. » Citation d’autant plus justifiée que le déroulé du spectacle opte pour le mode de la dérive, ce qui le conduit à partir en Amérique avec Jean Baudrillard et à nous offrir en version live « L’Invitation au voyage » de Baudelaire.

Bref : on voyage dans des architectures passées, présentes ou futuristes. L’acteur rêvasse à voix haute d’un monde où les immeubles ne seraient plus immobiles mais sur roulettes, reconfigurant ainsi le paysage chaque nuit, en sorte d’en finir avec la notion d’habitude, voie rapide vers la somnolence et l’apathie. D’un ton qui se veut sans appel, il assène : « Les tours de la finance mondialisée ont remplacé les églises gothiques. Mais on retrouve le même goût pour la lumière. » Cela mérite qu’on y réfléchisse. Et c’est sans doute aussi le but de Città Nuova. Une bonne heure plus tard, l’acteur, après bien des pérégrinations et réflexions, finit par dire : « Ouais, je m’arrête là. »

La mise en scène et le texte sont signés par Raphaël Patout qui a créé ce spectacle au Festival de Caves dont il est l’une des chevilles ouvrières. C’est dans ce festival, dans une cave donc, qu’un couple d’acteurs dont je tairai les noms bien que je les aime énormément, a vu Città Nuova. Ils ont tellement aimé ce spectacle qu’ils ont voulu le faire partager en le présentant trois soirs durant, chez eux, une maison de banlieue en pierre de taille avec véranda donnant sur la boulangerie et la boucherie du quartier. C’est là que je l’ai vu.

Ah, j’oubliais. Il y est aussi question de Tocqueville, comme dans le spectacle de Romeo Castellucci, Democracy in America qui se présente comme « librement inspiré d’Alexis de Tocqueville ». Depuis sa création au Théâtre de Vidy, le spectacle de l’Italien s’est étoffé de nouvelles danses, elles « librement inspirées par les traditions folkloriques d’Albanie, de Grèce, du Botswana, d’Angleterre, de Hongrie, de Sardaigne ». Ces danses envoûtantes et comme voilées de mémoires blessées font écho aux derniers spectacles de Maguy Marin, artiste honorée et disséquée par la revue théâtre/public qui lui consacre son dernier et formidable numéro. La chorégraphe cite en exergue ces propos de Jacques Rancière extraits d’En quel temps vivons-nous ? Conversation avec Eric Hazan (La Fabrique) paru il y a quelques mois : « (…) Et l’émancipation hier comme aujourd’hui est une manière de vivre dans le monde de l’ennemi dans la position ambiguë de celui ou celle qui combat l’ordre dominant mais est aussi capable d’y construire des lieux à part où il échappe à sa loi » (…). Città Nuova et Democracy in America tentent de construire des lieux comme ça.

Jean-Pierre Thibaudat

Critique de SGANARELLE ET LE LIBERTIN – Jean-Michel Potiron

Publié sur Facebook le 7 Août 2016 par Jean-Michel Potiron

Focus sur un festival et un spectacle…

Le principe du Festival des Nuits de Joux de Pontarlier (artistiquement dirigé par Guillaume Dujardin) est le même depuis plusieurs éditions : sous la houlette de metteurs en scène pris en leur sein (la plupart du temps : Guillaume Dujardin, Raphaël Patout, Damien Houssier, Charly Marty…), une quinzaine de comédiens-diennes se réunit à Pontarlier (à des températures parfois très froides l’été : entre 12° à 8° le soir) et pendant un-deux mois répète en quatrième vitesse toutes les créations du festival !

[…]
Cette année, ils créent entre autres : « Woyzeck » de Georg Büchner mis en scène par Damien Houssier et Maxime Kerzanet ; « La Mouette » de Tchekhov mis en scène par Charly Marty…

Et « Sganarelle et le libertin » à travers des textes de Molière, de Sade et de quelques autres, mis en scène par Raphaël Patout.

Au gré de textes du 17e – 18e siècle (jusqu’à nos jours), Raphaël Patout nous convie à un véritable voyage en forme de fragments de discours amoureux.

Qu’est-ce qu’un couple ? Qu’est-ce qu’une relation amoureuse ?

Faut-il être libre comme le revendique sans vergogne Don Juan et comme le lui reproche son valet Sganarelle (tous deux magnifiquement interprétés par Damien Houssier et Maxime Kerzanet) ? Faut-il être fidèle comme Elvire ? Ou volage comme Célimène ? (elles aussi magnifiquement jouées par Charlotte Ligneau et Sofia Telliet) ?

Lorsque que la certitude s’établit au sein d’une relation, est-il inévitable que les liens amoureux se distendent comme le prétend Célimène ?

Ceux qui prônent le contraire et qui prêchent la fidélité, sont-ils des hypocrites, comme s’apprête à le devenir Don Juan ?

Ne vaut-il pas mieux reconnaître que nous sommes toujours indéniablement seuls et prêcher l’égoïsme, se détourner de toute moralité comme nous invite à le faire Sade ?

Ou bien faut-il devenir moraliste au point d’entrer dans les ordres comme le fait Elvire ?

Dans un dispositif d’une grande sobriété : des parois et des pas de portes représentés par de simples tasseaux de bois, une table et deux chaises au milieu (le lieu du débat), nous assistons à un théâtre d’idées (dans le sens noble du terme même), où nos idées préconçues ou majoritairement partagées sont foulées aux pieds. Les quatre protagonistes raisonnent, se disputent, se querellent, tentent de s’aimer…

Au moment où la plupart des programmateurs-trices de théâtre en France sont en congés, le Festival de Théâtre des Nuits de Joux de Pontarlier bat son plein. Cette concomitance est bien dommage car le travail (non commun) de ce festival mériterait d’être mieux connu et leurs spectacles plus largement vus.

Cette création 2016 de Raphaël Patout par exemple (dont la démarche est absolument inédite) mériterait de beaucoup tourner…

Jean-Michel Potiron

 

Critique AU-DESSUS, A JAMAIS – Laurent Bourbousson

Lien: http://ouvertauxpublics.fr/vu-au-dessus-a-jamais-lecriture-de-david-foster-wallace-a-lassaut-de-nos-13-ans/

Vu : Au-dessus, à jamais, l’écriture de David Foster Wallace à l’assaut de nos 13 ans.

Raphaël Patout (Cie La Chambre Noire) est amoureux de l’écriture de David Foster Wallace. Il convoque un clown pour introduire un récit acide sur l’adolescence. Les mots de David Foster Wallace sont portés par le remarquable Maxime Kerzanet. Hypnotique et vertigineux. Retour.

Seules les rampes de spots séparent le public de lui. Lui, c’est le clown, personnage autant inquiétant qu’amusant, qui fait vaciller le réel sous nos pieds. Il est celui qui réveille l’enfant de 13 ans qui sommeille en vous. Appuyé contre le mur dans un coin du plateau, il attend. Il attend le moment de déballer ce qu’il a sur le cœur et nous voilà prêt à l’écouter, tous autour de lui.

En s’appropriant le texte de David Foster Wallace, le metteur en scène, Raphaël Patout, fait chanter les mots, leur donne des couleurs, les signifie. Il dissèque le texte, le distord pour mieux le faire entendre et trouve en Maxime Kerzanet un interprète formidable. Celui-ci s’amuse, durant l’heure, à nous tendre un miroir à la fois hypnotisant, déformant et terriblement réel de l’adolescence. Il saisit le public pour une escalade qui culmine sur le haut d’un plongeoir de piscine.

Vertige de l’adolescence pour un requiem de l’enfance.

C’est le jour de son anniversaire et il a décidé d’emmener tout le monde à la piscine. Sa serviette de bain Winnie l’Ourson, le bonnet à fleurs de sa petite sœur, le blanc blafard des peaux, ses poils, tout passe à la moulinette dans son esprit. Sorte de règlement de compte intérieur, avec sa famille, avec lui-même, cet enfant étouffe dans l’american dream, dans la peau du pas encore adulte et du plus tout à fait enfant.

Il est le grand frère d’une petite sœur sur qui il doit veiller, ses parents, il ne les aime pas vraiment. Il aimerait se rebeller. Dire qu’il existe. En a marre d’être ce que l’on attend de lui : le gentil petit garçon.

C’est pour cela qu’il décide de monter sur le plongeoir de la piscine. Nous montons avec lui sur l’échelle qui mène au plus haut point. Le plongeoir prend des allures de machine capitaliste qui broie les gens. Les mots de cette nouvelle ont tous un sens bien particulier. On voit les chevilles de celui du dessus, on arrête sa respiration sur la langue du plongeoir. On ne sait pas si on doit sauter. On ne sait pas si on doit s’écraser sur le sol. L’emploi du tu renvoie les auditeurs à leurs propres sensations d’adolescent, moment de bascule dans l’âge d’après, celui des transformations sociales et physiques.

Maxime Kerzanet joue toutes les variations d’état. Les modulations de la voix et les sons permettent des respirations dans ce monologue. Oscillant entre souvenirs et instants réels, il est le guide dans les méandres de l’adolescence. Il entraîne son petit monde dans un jeu de piste impressionniste.

L’écriture plante le décor. Le public pourrait être en maillot, que cela n’en serait pas perturbant. Les mots de David Foster Wallace et la puissance du jeu du comédien nous font sentir la chaleur d’un bord de piscine, le petit vent sur la peau à l’abri du soleil.

La mise en espace de ce texte ajoute une dimension brute, sans fard. En resserrant l’espace de jeu autour du comédien, Raphaël Patout joue sur l’idée de graver les mots de son auteur fétiche dans l’esprit du public, ce qui est largement réussi.

Au-dessus, à jamais a été vu au Théâtre des Carmes-André Benedetto (Avignon)
A voir à Lyon au Lavoir Public, du 26 au 28 janvier 2016 à 20h00.

Laurent Bourbousson

Critique de JOSEPH – Philippe Du Vignal

Lien: http://theatredublog.unblog.fr/2014/06/03/jours-verts-green-days-a-montbeliard-et-festival-des-caves-a-besancon/

Joseph G. , daprès Les Journaux de Guerre de Joseph Goebbels, texte de Thomas Lihn, mise en scène de Raphaël Patout.

C’est une curieuse et intéressante mise en scène d’extraits de ce Journal de plusieurs milliers de pages, méticuleusement consigné par une certain Joseph Goebbels, ministre du troisième Reich à l’Education du peuple et à la propagande, de 1923 à sa mort en 45. Confident d’Hitler, et proche de Göring et d’Himmler, ce fut un expert en manipulation et propagande mais aussi un antisémite et un antichrétien convaincu. Dans la dernière partie  de ce journal, il a consigné méticuleusement, sans état d’âme et en bon fonctionnaire nazi,  massacres, déportations, mais aussi rivalités entre chefs  du parti national socialiste. Responsable de la trop fameuse nuit de cristal, il devint peu de temps chancelier après le suicide d’Hitler, et se tua avec sa femme Magda en 45, après avoir fait  empoisonner ses six enfants…

« En lisant,  ses journaux personnels, dit Raphaël Patout,  quelque chose s’incarne qui détruit le mythe. Il y est dit comment tout ceci a été possible, comment des individus bien réels, ont organisé un système totalitaire qui a exterminé des millions d’êtres humains. Quand je mets en scène Goebbels, sa mélancolie, ses joies, son désir de trouver un guide, de devenir fanatique, il ne s’agit à aucun moment d’excuser l’inexcusable, mais plutôt de revisiter le questionnement qu’impose cette part de l’Histoire au cœur même de l’humain. Les ravages du nazisme ont été perpétrés par des hommes bien vivants et non par des personnages mythologiques ».

Goebbels au quotidien,  ce sont des phrases terribles chez cet homme affligé d’un malformation du pied à la suite d’une opération ratée, et qui a sans doute des revanches à prendre: « La libre opinion, ici, si tu la partages avec moi, tu as le droit de l’exprimer, sinon je te fracasse le crâne ».  » La propagande moderne doit reposer sur l’oral et non sur l’écrit » ou « Le fanatique que je veux être ». Avec un culte du corps bien nazi: « Va te promener seul et loin ». « Dors de 22 h à 8h »…

Goebbels a une passion pour son pays assez stéréotypée: la maison de Schiller, les champs de céréales dorées, etc… Et il tient des propos d’une rare banalité que n’importe quel homme politique actuel pourrait prendre à son compte, mais, ce qui est évidemment des plus inquiétants, il écrit des phrases au délire métaphysique:  « Le national-socialisme est une religion, nous ne manquons que d’un génie religieux capable de démoder les vieilles pratiques religieuses et d’en instaurer de nouvelles. Nous avons besoin de traditions ». Ce qu’il découvrira dans un Hitler, au début jalousé puis profondément admiré (« Quelle voix, quels gestes! « ),  lequel le flattera et en fera son bras armé le plus précieux.

C’est tout cela que Raphaël Patout a voulu traduire,  avec un seul acteur, Pierre-François Doreau qui n’incarne pas Goebbels (il ne lui ressemble pas, n’est pas en uniforme nazi) mais est d’une sobriété orale et gestuelle exemplaire. Et, dans cette cave voûtée, le public est assis en cercle; aucun autre élément scénique que trois miroirs en pied, et un abat-jour en tôle qui dispense une lumière blafarde. Pas de régisseur, c’est le comédien qui est aux commandes de la bande-son.

Le metteur en scène réussit à faire entendre, à la fois en direct, et pour varier les plaisirs, en voix off, cette parole d’un homme qui fut aussi un individu comme tout le monde, un père de famille qui se voulait exemplaire et volontiers donneur de leçons, mais qui accumulait les conquêtes amoureuses, ce que sa femme, et encore moins Hitler n’appréciait pas du tout…

Raphaël Patout aurait pu sans doute faire moins bouger son comédien, (cela parasite un peu le texte) mais l’essentiel est là: le spectacle, et ce n’est pas un luxe par les temps qui courent, rappelle qu’un homme aux côtés d’Hitler, fut responsable d’un des pires génocides que le monde ait connu. Et, à la fin, on a beau le savoir mais, quand Goebbels, sur fond de chant nazi, voue aux flammes les meilleurs des écrivains et penseurs allemands dont Thomas Mann, Sigmund Freud, Eric-Maria Remarque,etc… cela fait plus que froid dans le dos…

 

Philippe Du Vignal

Critiques de SERMONS JOYEUX

L’Humanite le 22 juillet 2014
L'humanité SERMONS JOYEUX - 22 Juillet 2014
La Marseillaise le 18 juillet 2014

La Marseillaise - SERMONS JOYEUX - 18 Juillet 2014

laprovence.com le 13 juillet 2014
http://www.laprovence.com/article/loisirs/2960291/sermons-joyeux.html

Ou comment sublimer la poésie pour tous? La comédienne nous interpelle et nous fait réagir grâce à la puissance du texte de Jean-Pierre Siméon et à la complicité entre elle, Charlotte Adrien, qui réalise une performance scénique époustouflante, et Raphaël Patout, avec lequel elle collabore pour la mise en scène qui se veut vive et audacieuse.

Quelques objets simples, un piano, une régie de scène, une voile de bateau comme cabine de change et évocation du voyage, un banc imposant à la fois piédestal et accessoire, un spot, un jeu de lumière, et l’alchimie parvient à nous émouvoir, voyant soudain cette jeune fille s’agiter entre musique, carte et coulisse, se peinturlurer le visage comme pour s’enduire du texte qu’elle possède et qu’elle donne avec générosité.

De multiples sujets sont abordés, six au total piochés dans l’oeuvre : de la jeunesse, la belle jeunesse, à l’inconnu. Et cela parle à tout le monde, puisque la volonté du duo est véritablement d’avoir une portée universelle et intergénérationnelle. La recherche s’est faite dans cet axe précis, et le résultat est plus qu’admirable.

Pierrick LECOMTE

VAUCLUSE Matin le 12 juillet 2014
VAUCLUSE MATIN - SERMONS JOYEUX - 12 Juillet 2014

 

Festi.TV AVIGNON Off le 6 juillet 2014
AVIGNON - FestiTV du Off - 6 Juillet 2014
La Terrasse
La Terrasse Sermons Joyeux

Critique de LA GUERISON INFINIE – Philippe Du Vignal

Lien: http://theatredublog.unblog.fr/2013/06/28/

La Guérison infinie, c’est un montage de textes: réflexions notés par une infirmière, extraits de son dossier médical, de l’historien d’art allemand Aby Harburg, soigné en 1923 pour de graves troubles mentaux à Kreuzligen, en Suisse. Il souffrait, selon les termes d’une lettre du directeur de la clinique à Freud, d’une grave psychose, accompagnée d’angoisses, d’obsessions… Aby Harburg avait choisi pour une conférence qui devait servir de test à une éventuelle sortie de l’hôpital les souvenirs d’un voyage qu’il a fait  vingt sept ans auparavant aux Etats-Unis. Issu d’une grande famille de banquiers juifs de Hambourg, il entretenait des relations difficiles avec le judaïsme, et avait choisi pour thème, de  cette conférence la manière dont les Indiens Hopis, maîtrisent collectivement, par le rituel dit du serpent , une peur immémoriale, et croient dominer les forces de la nature par le jeu de la pensée symbolique.

Warburg y met en évidence le caractère schizophrénique de la civilisation occidentale. Cassirer, l’autre grand historien de l’art allemand, avait bien vu qu’il sentait derrière les œuvres d’art les grandes énergies formatrices d’une civilisation.

Mais Harburg,  profondément malade, avant que la dégénérescence neuronale ne lui provoque, cinq ans plus tard, une attaque cardiaque fatale, prononçait aussi des phrases qui font froid dans le dos: « Je suis à la terminaison d’une chaîne d’intrigue, sans que je sache de quoi il s’agit. Parce qu’on ne me dit rien. 18 juin Un nid de merles, avec quatre petits, a disparu. Les petits étaient mes enfants. 4 juillet Pourquoi vous me coupez les cheveux? 7 juillet Le thé est contrefait, il pue, il y a du poison dedans! Le court de tennis est un lieu de rencontre pour criminels. L’eau du lac n’était pas humide, les petits garçons qui se baignaient sont ressortis secs! Le docteur Ludwig Binswanger a expédié par le train des caisses remplies de chair humaine. À la fin, qui êtes-vous ? Qui m’a envoyé dans cette caverne, où il n’y a que des putains, des souteneurs, des criminels, des meurtriers. Le gardien chef veut me tuer aujourd’hui! Petit Warburg, si cette maudite bête de Satan d’infirmière ne te protège pas, tu es perdu ! Ne m’abandonne pas! Ma bonne étoile! Qui êtes-vous donc, pour faire de telles choses ? Bande de cochons. La fange qu’on me donne pour nourriture est faite de sang humain? »

Raphaël Patout a très finement adapté,  dans une forme courte, ces textes qui sont souvent d’une violence inouïe, interprétée par une jeune comédienne, Pearl Mainfold. Aucun décor si ce n’est une carcasse de paravent en bois où elle accrochera puis décrochera à la fin ces photos de Harburg, de sa famille mais aussi d’œuvres d’art, toutes en noir et blanc.  Il y a juste une grande table de bois, avec posé dessus, un flacon contenant un serpent, allusion  à ce rituel des Indiens Hopis.

Avec,  comme seul éclairage,  deux balladeuses à ampoule fluo répandent une lumière blafarde dans cette  petite cave voûtée où le public est en grande proximité avec l’actrice, très bien dirigée par Raphaël Patout. Elle a une belle présence et dit ces textes fulgurants avec précision et légèreté à la fois, textes que la musique d’Arno Pärt vient heureusement aérer par instants.

Mieux vaut ne pas être claustrophobe mais rarement un lieu n’aura été aussi adapté à un texte d’une telle intensité. Soixante minutes pas plus, on ressort de là comme un peu sonné par le destin de cet homme à la grande sensibilité artistique, frappé encore jeune par la maladie mentale; difficile, pour nous, de ne pas faire le parallèle avec cette grande historienne de la danse que fut Laurence Louppe, frappée elle aussi par cette même maladie…

Le spectacle devrait être repris mais il vaudrait mieux qu’il le soit dans une cave comme ici. C’est une sorte d’aventure  que Guillaume Dujardin a eu raison de programmer et c’est est bien qu’un festival comme celui des Caves puisse accueillir des spectacles hors normes comme cette Guérison infinie

Philippe du Vignal