SGANARELLE ET LE LIBERTIN – 2016

D’après Molière, Sade et Eugène Green.
Avec Damien Houssier, Maxime Kerzanet, Charlotte Ligneau et Sofia Telliet
Mise en scène de Raphaël Patout
Costumes de Sigolène Petey
Scénographie de Manon Mondacque

Entre autre thème, Molière écrit sur l’amour : Il y a l’amour de Dom Juan pour toutes les femmes. Il y a celui d’Alceste qui est jaloux jusqu’à s’en rendre malade. Il y a celui d’Elvire qui est pathétique. Il y a celui de Tartuffe qui est celui d’un escroc. Il y a celui des précieuses qui est ridicule….
Comiques ou tragiques, risibles ou nobles, excessives ou morales, nos manières en amour traduisent notre façon d’être au monde. Elles décrivent ce que nous sommes et ce à quoi nous croyons, au plus profond de nos êtres. Elles nous poussent plus bas que terre, ou nous parent d’un caractère divin. Pervers ou moral, l’amour agit, il agite, il comble ou énerve, il hébète et tyrannise…. il est théâtral !
Deux hommes et deux femmes : Dom Juan, Sganarelle, Elvire et Célimène. Quatre figures s’entrecroisent, s’aiment et se déchirent, parlent d’amour et défendent leur vision. C’est un combat pour l’amour auquel nous vous invitons.

 

 

Coproduction : Festival des Nuits de Joux et La Chambre Noire – Théâtre

Critique de SGANARELLE ET LE LIBERTIN – Jean-Michel Potiron

Publié sur Facebook le 7 Août 2016 par Jean-Michel Potiron

Focus sur un festival et un spectacle…

Le principe du Festival des Nuits de Joux de Pontarlier (artistiquement dirigé par Guillaume Dujardin) est le même depuis plusieurs éditions : sous la houlette de metteurs en scène pris en leur sein (la plupart du temps : Guillaume Dujardin, Raphaël Patout, Damien Houssier, Charly Marty…), une quinzaine de comédiens-diennes se réunit à Pontarlier (à des températures parfois très froides l’été : entre 12° à 8° le soir) et pendant un-deux mois répète en quatrième vitesse toutes les créations du festival !

[…]
Cette année, ils créent entre autres : « Woyzeck » de Georg Büchner mis en scène par Damien Houssier et Maxime Kerzanet ; « La Mouette » de Tchekhov mis en scène par Charly Marty…

Et « Sganarelle et le libertin » à travers des textes de Molière, de Sade et de quelques autres, mis en scène par Raphaël Patout.

Au gré de textes du 17e – 18e siècle (jusqu’à nos jours), Raphaël Patout nous convie à un véritable voyage en forme de fragments de discours amoureux.

Qu’est-ce qu’un couple ? Qu’est-ce qu’une relation amoureuse ?

Faut-il être libre comme le revendique sans vergogne Don Juan et comme le lui reproche son valet Sganarelle (tous deux magnifiquement interprétés par Damien Houssier et Maxime Kerzanet) ? Faut-il être fidèle comme Elvire ? Ou volage comme Célimène ? (elles aussi magnifiquement jouées par Charlotte Ligneau et Sofia Telliet) ?

Lorsque que la certitude s’établit au sein d’une relation, est-il inévitable que les liens amoureux se distendent comme le prétend Célimène ?

Ceux qui prônent le contraire et qui prêchent la fidélité, sont-ils des hypocrites, comme s’apprête à le devenir Don Juan ?

Ne vaut-il pas mieux reconnaître que nous sommes toujours indéniablement seuls et prêcher l’égoïsme, se détourner de toute moralité comme nous invite à le faire Sade ?

Ou bien faut-il devenir moraliste au point d’entrer dans les ordres comme le fait Elvire ?

Dans un dispositif d’une grande sobriété : des parois et des pas de portes représentés par de simples tasseaux de bois, une table et deux chaises au milieu (le lieu du débat), nous assistons à un théâtre d’idées (dans le sens noble du terme même), où nos idées préconçues ou majoritairement partagées sont foulées aux pieds. Les quatre protagonistes raisonnent, se disputent, se querellent, tentent de s’aimer…

Au moment où la plupart des programmateurs-trices de théâtre en France sont en congés, le Festival de Théâtre des Nuits de Joux de Pontarlier bat son plein. Cette concomitance est bien dommage car le travail (non commun) de ce festival mériterait d’être mieux connu et leurs spectacles plus largement vus.

Cette création 2016 de Raphaël Patout par exemple (dont la démarche est absolument inédite) mériterait de beaucoup tourner…

Jean-Michel Potiron

 

LE SOMMEIL DE BLANCHE-NEIGE – 2016

D’après Blanche-Neige des frères Grimm et Robert Walser
Une proposition de Julio Guerreiro et Anne-Laure Sanchez
Avec Laurent Dratler et Anne-Laure Sanchez

Site: http://annelauresanchez.wixsite.com/blanche-neige

Un miroir qui parle. Un chasseur. Une biche. Sept nains. Une pomme rouge empoisonnée. Un cercueil de verre. « Un jour mon prince viendra ». Une boule à facettes. Les paillettes. Réveiller Blanche-Neige?
Une mise à jour inquiétante du conte
Réveiller Blanche-Neige ?
Revenir sur les traces de Blanche-Neige. Le désir de créer un spectacle à partir du conte de Blanche-Neige. Le conte appartient à une culture et à un imaginaire collectif, tout en étant lié à l’enfance et au souvenir de chacun. Alors avec humour et fantaisie parcourir le conte, tracer des chemins, se frayer un chemin commun.
Pour cette exploration, le désir de réunir deux artistes qui mêlent leurs univers. Un performeur / compositeur / ex-DJ / musicien et une comédienne, vidéaste à ses heures perdues. Ils dialoguent avec le conte de Blanche-neige. Des croisements entre réalité et fiction s’opèrent. De fil en aiguille, les épisodes du contes deviennent le support de multiples digressions et variations poétiques autour du sommeil de Blanche-Neige.

 

 

DIFFUSION

Festival de Caves 2015
2 , 4, 5, 7, 8, 9 juin, Lyon
Chez Yvane (Théâtre éphémère), Lyon
16 et 17 octobre 2015

Coproduction: Festival de Caves (Besançon) et La Chambre Noire – Théâtre (Lyon)

MEMOIRES D’UNE ROBE ROUGE – 2015

D’après La Mémoire de l’air de Caroline Lamarche et Un Mage en été d’Olivier Cadiot
Conception d’Anne-Laure Sanchez
Avec Anne-Laure Sanchez
En collaboration avec Julio Guerreiro
Création son de Laurent Dratler et Anne-Laure Sanchez

Site: http://annelauresanchez.wixsite.com/memoires

Mémoires d’une robe rouge vous convie à passer une soirée en compagnie d’une jeune femme perdue dans ses souvenirs.Un jour d’été, elle découvre une photo. Une photo d’une femme qui se baigne dans une rivière.Une femme inconnue.Elle se souvient d’une promenade, d’une robe rouge ….Recoller les morceaux. Panser une blessure. Avec du scotch.
Le texte est un montage d’Un Mage en été d’Olivier Cadiot et La Mémoire de l’air de Caroline Lamarche. Le montage de ces deux textes suit le principe de la réminiscence. D’un souvenir confus, des mots, des images, des sensations surgissent et en appellent d’autres. Le texte se forme comme un souvenir, j’assemble donc les deux textes par écho, associations d’idées mais également en laissant des blancs, des vides, des silences. Ces blancs laisse jaillir une ritournelle. Elle fait écran. Elle retient les mots, elle prend la place de ce qui ne peut pas être dit ou de ce qui a été oublié Mémoires d’une robe rouge n’est ni un pamphlet politique, ni un manifeste féministe. C’est l’histoire d’une femme qui (re-)fait surface. Elle dévoile ses peurs, ses souffrances nées du jour où elle portait une robe rouge. La peur de mourir, le viol et la honte. Et le rêve d’une rivière qui emporterait tout.

 

 

DIFFUSION 

Festival de Caves 2015
Lyon 6/06, Dijon 11/06, Besançon du 12 au 15/06
Aux Bons Sauvages, Lyon 21/11/ 2014
Théâtre du Carré 30
Nuit de la poésie 26/09/ 2014
Festival de Caves 2014, Lyon du 1/05 au 2/05
Grenoble 8/05, Genève 4/06, Besançon 14/06
Festival de Caves 2013, Lyon 28/05

Coproduction : Festival de Caves, La Chambre Noire-Théâtre

AU-DESSUS, A JAMAIS – 2015

D’après la nouvelle de David Foster Wallace
Adaptation et mise en scène de Raphaël Patout
Avec Maxime Kerzanet

Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Il a 13 ans. Ses parents lui ont demandé ce qu’il voulait faire. Il a répondu: Aller à la piscine municipale ! Il aurait voulu y aller seul. Mais aujourd’hui, c’est spécial, ses parents et sa sœur l’accompagnent. Depuis un certain temps, il sent que des choses changent. Il a 13 ans. Aujourd’hui, il veut sauter du plus haut des plongeoirs…
L’écriture de David Foster Wallace séduit d’emblée. C’est une écriture du détail. Chacun de ces détails recouvre une réalité toujours beaucoup plus vaste. Quelque chose s’y noue. Sous couvert de superficialité, c’est bien une vision de l’homme et du monde contemporain qui y est traduit.

 

 

Coproduction : La Chambre Noire-Théâtre (Lyon) et Le Festival de Caves (Besançon)

Critique AU-DESSUS, A JAMAIS – Laurent Bourbousson

Lien: http://ouvertauxpublics.fr/vu-au-dessus-a-jamais-lecriture-de-david-foster-wallace-a-lassaut-de-nos-13-ans/

Vu : Au-dessus, à jamais, l’écriture de David Foster Wallace à l’assaut de nos 13 ans.

Raphaël Patout (Cie La Chambre Noire) est amoureux de l’écriture de David Foster Wallace. Il convoque un clown pour introduire un récit acide sur l’adolescence. Les mots de David Foster Wallace sont portés par le remarquable Maxime Kerzanet. Hypnotique et vertigineux. Retour.

Seules les rampes de spots séparent le public de lui. Lui, c’est le clown, personnage autant inquiétant qu’amusant, qui fait vaciller le réel sous nos pieds. Il est celui qui réveille l’enfant de 13 ans qui sommeille en vous. Appuyé contre le mur dans un coin du plateau, il attend. Il attend le moment de déballer ce qu’il a sur le cœur et nous voilà prêt à l’écouter, tous autour de lui.

En s’appropriant le texte de David Foster Wallace, le metteur en scène, Raphaël Patout, fait chanter les mots, leur donne des couleurs, les signifie. Il dissèque le texte, le distord pour mieux le faire entendre et trouve en Maxime Kerzanet un interprète formidable. Celui-ci s’amuse, durant l’heure, à nous tendre un miroir à la fois hypnotisant, déformant et terriblement réel de l’adolescence. Il saisit le public pour une escalade qui culmine sur le haut d’un plongeoir de piscine.

Vertige de l’adolescence pour un requiem de l’enfance.

C’est le jour de son anniversaire et il a décidé d’emmener tout le monde à la piscine. Sa serviette de bain Winnie l’Ourson, le bonnet à fleurs de sa petite sœur, le blanc blafard des peaux, ses poils, tout passe à la moulinette dans son esprit. Sorte de règlement de compte intérieur, avec sa famille, avec lui-même, cet enfant étouffe dans l’american dream, dans la peau du pas encore adulte et du plus tout à fait enfant.

Il est le grand frère d’une petite sœur sur qui il doit veiller, ses parents, il ne les aime pas vraiment. Il aimerait se rebeller. Dire qu’il existe. En a marre d’être ce que l’on attend de lui : le gentil petit garçon.

C’est pour cela qu’il décide de monter sur le plongeoir de la piscine. Nous montons avec lui sur l’échelle qui mène au plus haut point. Le plongeoir prend des allures de machine capitaliste qui broie les gens. Les mots de cette nouvelle ont tous un sens bien particulier. On voit les chevilles de celui du dessus, on arrête sa respiration sur la langue du plongeoir. On ne sait pas si on doit sauter. On ne sait pas si on doit s’écraser sur le sol. L’emploi du tu renvoie les auditeurs à leurs propres sensations d’adolescent, moment de bascule dans l’âge d’après, celui des transformations sociales et physiques.

Maxime Kerzanet joue toutes les variations d’état. Les modulations de la voix et les sons permettent des respirations dans ce monologue. Oscillant entre souvenirs et instants réels, il est le guide dans les méandres de l’adolescence. Il entraîne son petit monde dans un jeu de piste impressionniste.

L’écriture plante le décor. Le public pourrait être en maillot, que cela n’en serait pas perturbant. Les mots de David Foster Wallace et la puissance du jeu du comédien nous font sentir la chaleur d’un bord de piscine, le petit vent sur la peau à l’abri du soleil.

La mise en espace de ce texte ajoute une dimension brute, sans fard. En resserrant l’espace de jeu autour du comédien, Raphaël Patout joue sur l’idée de graver les mots de son auteur fétiche dans l’esprit du public, ce qui est largement réussi.

Au-dessus, à jamais a été vu au Théâtre des Carmes-André Benedetto (Avignon)
A voir à Lyon au Lavoir Public, du 26 au 28 janvier 2016 à 20h00.

Laurent Bourbousson